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AVOCATS-PORTRAITS

Dominique PIWNICA

Avocat sous le signe de la passion

mardi 16 septembre 2003

par Anne Pigeon-Bormans, Avocat au Barreau de Paris

Les 24 et 25 novembre prochains, nous élirons notre nouveau Bâtonnier et nous procéderons au renouvellement du tiers du Conseil de l’Ordre. Dominique PIWNICA, avocat depuis plus de 20 ans au Barreau de Paris et mère de deux filles de 27 et 25 ans, dont l’une a suivi ses traces, se présente à cette élection.

APB : Quel est votre parcours ?

DP - J’ai prêté serment le 12 janvier 1983. J’ai commencé dans le cabinet de Georges KIEJMAN après avoir obtenu un diplôme d’études approfondies en droit international public et privé et passé deux ans chez un avocat aux Conseils. Je suis spécialiste en droit pénal, j’interviens également en droit de la presse et en droit des personnes. Je veux absolument dire qu’il est possible d’assumer une vie familiale, un rôle de mère et une existence d’avocat. Il ne faut pas abdiquer et ne pas écouter le discours dominant masculin qui tendrait à nous voir prendre en priorité des postes de juristes salariées ou de magistrats ! Aujourd’hui, le barreau de Paris est largement féminisé, il faut donc dire bien fort qu’il est possible d’aimer ce métier, de le faire avec passion et d’élever des enfants. Bien sûr, cela demande beaucoup d’organisation mais c’est un apprentissage formidable.

APB : Quel est votre vision de la profession en ce début du XXIème siècle ?

DP - La profession va changer et les difficultés économiques qui nous touchent comme la plupart des secteurs économiques actuellement, ont un impact direct sur la qualité de nos prestations. Nous ne pouvons donner à nos clients que des conseils éclairés, nous devons être d’une compétence parfaite. Sans argent, c’est impossible. Il faut arrêter de critiquer les avocats et préserver leurs moyens d’exercer sans quoi ils ne peuvent être ni sérieux, ni rigoureux.

Toutes nos charges sont devenues exceptionnellement lourdes.

La TVA à 19,60% pénalise les particuliers qui n’ont pas la possibilité de déduire nos honoraires à la différence des sociétés et entraîne automatiquement de notre part une baisse de ceux-ci et donc nous pénalise en retour. L’environnement matériel d’un cabinet est également devenu très coûteux. Nous devons être joignables à tout moment et par tous moyens. S’agissant enfin des baux professionnels et d’un statut particulier pour les professions libérales, nous n’avons toujours rien obtenu dans ce domaine. D’un point de vue économique, il est enfin, nécessaire que les cabinets se regroupent pour la pérennité de leur exercice.

En tout état de cause et indépendamment de ces aspects difficiles de la conjoncture et des évolutions de la profession, je veux insister sur notre spécificité, à savoir la garantie de nos principes déontologiques ; les avocats doivent apprendre ou réapprendre à leurs concitoyens que nos prestations de services ne sont pas banales : nous sommes avant tout les confidents obligés de nos clients, quel que soit notre mode d’exercice, dans le conseil ou le judiciaire.

La confraternité, l’indépendance, le respect du secret professionnel, la dignité, ne sont pas des contraintes ridicules ou gênantes, ce sont la fierté de notre profession et nos meilleures garanties professionnelles. La volonté du législateur qui veut nous amener à jouer les délateurs, à dénoncer nos clients sur des soupçons de blanchiment d’argent est une atteinte grave à nos principes.

Enfin, je suis très attachée à la transmission de ces principes, par le stage, aux jeunes qui sont ou sortent de l’école de formation du barreau. On peut comprendre, intellectuellement, ce que veut dire le principe du contradictoire mais c’est en stage qu’on apprendra à communiquer ses pièces, à appeler un confrère, à faxer ses conclusions en temps utile, etc...

APB : Que pensez vous du modèle d’exercice dit à l’anglo-saxonne ?

DP - Nous avons beaucoup à apprendre d’eux. De fait, on doit absolument éviter une fuite des jeunes vers ces cabinets, veiller à les former et à les accueillir dans de bonnes conditions, enfin leur donner aussi les moyens de les associer à plus ou moins long terme.

APB : Actuellement, 12 femmes siègent au conseil de l’Ordre sur un total de 36 membres, qu’ont-elles apporté à la profession ?

DP - Une sensibilité différente et donc une approche différente qui a enrichi la vision de la profession, notamment des modifications substantielles dans les contrats de collaboration concernant le congé de maternité... Rappelons que la première femme avocat a dû se battre - judiciairement - pour prêter serment le 9 juillet 1912, après que la cour de cassation a jugé que la loi ne prévoyait pas la présence des femmes au barreau !

APB : Quels sont les faits de votre carrière qui vous ont marqué ?

DP (sans hésiter)- Ma rencontre avec Georges KIEJMAN : il m’a appris la défense, et l’affaire MONTAND/DROSSARD dans laquelle je défendais Catherine Allégret .

APB : En tant que femme était-ce difficile de vous imposer ?

DP - Au pénal, oui. C’est le domaine le plus difficile. Un jour, je défendais un client dans une procédure pénale concernant un trafic de stupéfiants. La veille de plaider devant la chambre d’instruction sa femme m’a appelé pour me dire que son mari allait m’adjoindre un confrère masculin, alors que j’avais déjà déposé mon mémoire au greffe ! Je suis allée le voir en prison dès 8 heures le lendemain matin, et j’étais tellement révoltée que je lui ai demandé de faire son choix ! C’était moi ou quelqu’un d’autre, mais je n’allais certainement pas faire le scribouillard pour le compte d’un confrère au seul motif qu’il était un homme ! Il m’a gardé, j’ai gagné et il est sorti de prison sur une nullité de procédure que j’avais soulevée !

APB : Vos moments de libre, comment les occupez vous ?

DP - Je fais de la gym. Je lis beaucoup, j’adore Nancy HUSTON qui est une femme que j’admire, des romans policiers et beaucoup de classiques, dont je ne me lasse pas : Stendhal, Balzac, Tolstoi. Je regarde un peu la télévision et les séries américaines comme Sex and the City...

APB : ... Et donc vous aimez la mode également ?

DP - ... oui, les créateurs italiens et japonais .

APB : Une dernière question. Comment vous définiriez vous en quelques mots ?

DP - Je suis sérieuse...volontaire, et...

APB : ... Passionnée

DP - OUI !

P.-S.

Dominique PIWNICA est également membre de la commission juridique de la LICRA et membre de la CNA (confédération nationale des avocats).

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