Avocats-Publishing Avocats en propriété intellectuelle et droit des affaires à Paris et Bruxelles
6, place Saint Sulpice - 75006 Paris >>> Tél. : Tél. : 01 45 44 10 33

EDITO 2003

Jacques Lacan à Hollywood

"La vie de David Gale", le nouveau film d’Alan Parker

vendredi 2 mai 2003

par Anne Pigeon-Bormans, Avocat au Barreau de Paris

Le nouveau film d’Alan Parker, "La Vie de David Gale", est un véritable plaidoyer pour l’abolition de la peine capitale aux Etats-unis.

Il est aussi l’occasion pour le cinéaste de donner la parole au psychanalyste français Jacques LACAN, par la bouche du personnage incarné par Kevin Spacey.

Il est courant de rappeler que Sigmund Freud n’aimait pas beaucoup les américains dont il se méfiait. On cite à cet égard, la réflexion suivante qu’il aurait confié à Jung : "ils ne savent pas que nous leur apportons la peste*" à l’occasion de son séjour aux Etats-Unis.

On ne saurait nier que nulle part ailleurs qu’au pays de Mickey, la psychanalyse n’aura été aussi développée, utilisée - notamment par hollywood - et paradoxalement incomprise.

Dans l’interview qu’il donne cette semaine, à Paris Match, Parker explique, ce que les partisans de l’abolition savent depuis Beccaria et son traité intitulé "Des délits et des peines", que la peine capitale n’est pas dissuasive, au contraire :

"Quant à l’exemplarité de la peine, également invoquée (par les partisans), il a été prouvé que dans les Etats où elle était le plus appliquée, le taux de criminalité était plus fort".

Comme les efforts conjugués du droit et du cinéma sont largement insuffisants, à démontrer le bien-fondé d’une société qui n’aurait pas recours au crime légal pour s’organiser, le psychanalyste est appelé en renfort.

Et c’est Jacques LACAN qui s’y colle sous les traits de l’acteur Kevin Spacey, professeur d’université qui le cite "pour exprimer l’idée que le prix que l’on donne à sa propre vie est proportionnel au prix que l’on donne à la vie d’autrui".

De son vivant, Jacques LACAN avait créé un grand mouvement et fait naître de nombreuses vocations en Amérique du Sud. Vingt ans après sa mort, c’est Hollywood qui donne des signes d’intérêt pour son oeuvre, et s’en empare.

C’est un signe, assurément.

De quoi ?

Aucune idée.

Il faudra interroger les psychanalystes...

P.-S.

*"C’est ainsi que le mot de Freud à Jung de la bouche de qui je le tiens, quand invités tous deux de la Clark University, ils arrivèrent en vue du port de New York et de la célèbre statue éclairant l’univers : " Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste ", lui est renvoyé pour sanction d’une hybris dont l’antiphrase et sa noirceur n’éteignent pas le trouble éclat. La Némésis n’a eu, pour prendre au piège son auteur, qu’à le prendre au mot de son mot. Nous pourrions craindre qu’elle n’y ait joint un billet de retour de première classe" (Jacques LACAN, « LA CHOSE FREUDIENNE ou SENS DU RETOUR A FREUD EN PSYCHANALYSE, Amplification d’une conférence prononcée à la clinique neuro-psychiatrique de VIENNE le 7 novembre 1955, dans ÉCRITS, Seuil, Paris, 1966, p. 403).<br>

Source : l’interview d’Alan Parker par GAILLAC-MORGUE. PARIS-MATCH du 30 avril au 6 mai 2003

Suivre la vie du site RSS 2.0 | | Plan du site
Avocats paris - Droit d'auteur, droit des marques et de la création d'entreprise
Avocats paris - Droits d'auteur, droit des marques, droit à l'Image et vie privée