Avocats-Publishing Avocats en propriété intellectuelle et droit des affaires à Paris et Bruxelles
6, place Saint Sulpice - 75006 Paris >>> Tél. : Tél. : 01 45 44 10 33

ETHIQUE DE L’AVOCAT

Les enjeux de la publicité de l’avocat

lundi 23 juin 2003

par Guillaume le Foyer de Costil, Avocat au Barreau de Paris

La libéralisation des règles de la publicité de l’avocat français n’est pas récente ; mais les moeurs évoluent et la pratique intègre de plus en plus cette possibilité nouvelle. Le barreau de Paris va prochainement publier un dossier sur le sujet ; l’avocat pourra-t-il enfin faire de la publicité sans complexes ?

Jusqu’à la constitution du Conseil National des Barreaux, aujourd’hui doté de nouveaux pouvoirs, l’Ordre des Avocats avait à remplir une triple mission :

-  édicter les règles professionnelles complétant celles prévues par la loi et les décrets,

-  les faire respecter par une action préventive et disciplinaire,

-  établir et tenir à jour le tableau des Avocats.

Dans l’exercice de chacune de ces missions, le Conseil de l’Ordre s’était chaque fois posé en obstacle de l’action publicitaire de l’Avocat, soit par la poursuite des Avocats ayant tenté d’innover dans ce domaine, soit en contrôlant le seul instrument apparemment légal de communication de l’Avocat : son inscription au tableau.

Sous l’impulsion de professionnels plus modernes, soucieux de ne considérer la tradition que comme un moyen, les comportements ordinaux ont évolué : la publicité est autorisée, et les Avocats qui font de la publicité ne sont plus des délinquants, sauf exception ; le tableau n’est plus le seul moyen pour l’Avocat de se faire connaître du public.

En cet état, il appartient encore à l’autorité ordinale de convaincre l’Avocat que cette évolution inéluctable est une bonne nouvelle pour lui, et non un événement préjudiciable, et qu’il lui faut en tirer les conséquences s’agissant de son propre comportement, le respect de la règle ne pouvant s’analyser en une simple abstention.

1 - L’autorisation de la publicité : une bonne nouvelle pour l’Avocat :

Les motivations des opposants à la publicité de l’Avocat sont impures : soit elles procèdent d’un étrange souci de dignité qui prend prétexte du désir d’indépendance (l’Avocat qui fait de la publicité dépendrait du client qui y répond) ou de l’appartenance à une classe sociale supérieure (l’Avocat n’est pas digne de s’abaisser à faire de la « réclame » pour attirer le client comme un marchand de parapluies), soit elle résulte simplement d’une grande paresse (l’interdiction de la publicité évite d’avoir à en faire).

De telles attitudes sont blâmables, la paresse comme l’orgueil sont des pêchés capitaux.

En cet état, quelle évolution fondamentale faut-il souhaiter ? Quel est du point de vue de la publicité, l’enjeu des années à venir ? Principalement faire disparaître dans l’esprit de l’Avocat et même celui du public le préjugé hostile à la publicité.

Le sentiment que l’Avocat commet un véritable impair lorsqu’il fait de la publicité est très largement ancré dans les esprits, non seulement chez les Avocats qui voient dans de tels actes un comportement de concurrence déloyale, mais aussi dans le public qui est le premier à s’étonner de ce qu’il perçoit encore comme une nouveauté, onze ans après l’entrée en vigueur de l’article 161 du décret du 27 novembre 1991.

Il importe dès lors que les Avocats d’aujourd’hui l’admettent : au même titre que leurs Confrères d’autres traditions, ils sont aujourd’hui autorisés à se mettre en avant autrement qu’en intervenant dans des conférences et des colloques ou en écrivant des articles de journaux ; ils peuvent le faire en achetant l’espace publicitaire dans les secteurs aujourd’hui autorisés.

L’Avocat ne doit plus se contenter de se faire connaître par hasard et à l’occasion d’activités ayant un autre objet principal que sa notoriété ; il lui appartient au contraire de réfléchir sur lui-même, de se positionner sur un « marché », de réfléchir à son image, éventuellement de modifier son comportement pour que cette image soit meilleure ; il devra parfois accepter de n’être que lui-même, c’est à dire un très bon professionnel de certains domaines où il réussit et prospère, sans rechercher nécessairement à en embrasser d’autres, plus prestigieux, mais dans lesquels il n’a pas sa place.

2 - Ne pas se faire connaître est un luxe :

Rester dans l’ombre est un luxe que seuls peuvent s’offrir ceux qui sont déjà connus ; seuls les meilleurs d’entre nous peuvent, pour subvenir à leurs besoins de clientèle, se contenter de vivre sur une notoriété déjà acquise.

Le Barreau français, riche de près de 40.000 membres, a à sa disposition le marché du droit, français mais aussi international, dont des secteurs sont largement inexplorés.

Faire de la publicité, se faire connaître, faire savoir au public ce qu’il sait faire, mais aussi ce qu’il peut faire, ce n’est pas nécessairement pour l’Avocat prendre le client ou le dossier de l’autre, c’est aussi découvrir dans les entreprises mais aussi dans le marché des particuliers, des besoins de droit insatisfaits à la rencontre desquels d’autres professions moins compétentes, moins disponibles et souvent sans habilitation se sont déjà portés.

Pour que nos clients apprennent que des Avocats étaient capables de leur apporter un véritable service dans le domaine des transactions aéronautiques, ou de l’arbitrage en ligne, il a fallu que quelqu’un le leur dise ; et cette personne ne pouvait être qu’un Avocat plus hardi que les autres, qui a su, dans le respect de nos règles mais à l’encontre d’un contrôle social arriéré, aller à la rencontre du marché et lui proposer ses services en utilisant de l’espace publicitaire payé.

Dès lors, s’il veut collectivement survivre et conserver son indépendance et son autonomie, l’Avocat français doit faire de la publicité et, par l’action, convaincre ses Confrères de ce qu’il agit sans déchoir et dans la dignité.

Suivre la vie du site RSS 2.0 | | Plan du site
Avocats paris - Droit d'auteur, droit des marques et de la création d'entreprise
Avocats paris - Droits d'auteur, droit des marques, droit à l'Image et vie privée