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Economie et Droit

Mondialisation ou moralisation financière ?

par MAHER GORDAH, ADMEO / GREDEG-CNRS

samedi 22 novembre 2008

L’heure est-elle à la morale ? Beaucoup de responsables politiques européens et économistes modérés pensent que oui. En effet, le cataclysme financier de cette fin d’année 2008 a entraîné l’ouverture de la chasse aux banquiers qui ont failli.

Notons qu’en France après l’affaire Kerviel, Daniel Bouton a dû céder les commandes de la Société générale.

Le 19 octobre 2008, c’était le tour de Charles Milhaud, le dirigeant des Caisses d’épargne, qui vient de perdre sa place, à la suite de pertes de 600 millions d’euros dues à trois traders.

Dans ces deux cas, le signal du départ est venu de l’Elysée. Le Président Sarkozy a réaffirmé son engagement à pourfendre désormais les excès du libéralisme financier. Pour lui, les hauts salaires ne sont pas, en eux-mêmes à condamner car ils représentent la juste contrepartie du talent et du travail, à l’exception des rémunérations indûment gagnées.

Ce qui pose problème n’est pas le système capitaliste, mais le capitalisme sans règles, qui a permis à certains dirigeants avides, de grandes banques, de prendre des risques inconsidérés.

Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn a appelé début octobre à remettre de l’ordre dans la finance internationale : “il faut changer le fonctionnement du système, il faut changer les règles du jeu, il faut changer la régulation.”

L’objectif politique prioritaire des mois à venir sera sans doutes, la mise en place de nouvelles normes qui permettront de limiter significativement l’éventualité d’une nouvelle crise systémique. A l’opposé, la nationalisation du système bancaire international ne semble pas être non plus une solution envisageable ; rappelons-nous des errements du Crédit lyonnais.

L’économie de marché capitaliste ne peut fonctionner sans les apports de la finance afin de distribuer du crédit et soutenir l’effort à l’investissement. Mais cette dernière doit être régulée, afin qu’elle serve la croissance et l’emploi. On peut néanmoins souligner l’existence de certains chantiers de régulation qui semblent être cruciaux pour prévenir le déclenchement des crises financières à savoir :

Allouer moins de crédits pour la spéculation en imposant aux banques des coûts supplémentaires quand leurs crédits prennent des proportions excessives dans tel ou tel secteur ou vis à vis de tel ou tel fonds de couverture par exemple, ceci devra être imposé par les autorités de supervision pendant les périodes d’euphorie ;

Un meilleur contrôle au sein même des banques ; ces dernières doivent disposer de systèmes d’information capables de leur fournir en peu de temps l’état de leur exposition totale aux risques pris. Pour cela, les banques doivent rémunérer leurs contrôleurs internes aussi bien que leurs traders ;

Encadrer les marchés de produits dérivés en faisant en sorte que les transactions financières passent par une chambre de compensation, afin qu’elles soient enregistrées pour établir un solde quotidien. Cela permet d’une part, de connaître les risques pris par chaque opérateur et d’autre part, de s’assurer que ce dernier est solvable. Il est à noter que la chambre de compensation Eurex avait signalé à la Société générale certaines opérations suspectes de Jérôme Kerviel ;

Encadrer les revenus et les primes des grands patrons ainsi que les bonus que touchent les traders, lorsqu’ils font gagner des sommes d’argent importantes à leurs investisseurs. Pour se faire, il nécessaire d’imposer l’abandon des golden parachutes pour les dirigeants dont les établissements nécessiteront de fonds publics. Aux Etats-Unis, les PDG responsables de la faillite de leur entreprise pourraient être obligés de redonner une partie des rémunérations obtenues ;

Résoudre le problème des paradis fiscaux, qualifiés également de paradis règlementaires, souvent responsables de faire perdre des recettes fiscales importantes aux Etats, et où il est possible aux établissements financiers de s’installer et de mener leurs transactions sans aucun contrôle. Pour s’attaquer à ce problème, les gouvernements ayant apporté leur garantie aux dépôts des particuliers auprès des établissements bancaires, doivent préciser que cette garantie ne concerne pas les dépôts effectués dans les filiales situées dans les paradis fiscaux ;

Réguler les hedge funds en s’attaquant aux paradis fiscaux et en contrôlant les produits dérivés, car leur activité est extrêmement déstabilisante quant à la pérennité du système financier mondial, du fait des risques excessifs qu’ils prennent pour maximiser leurs profits ;

Etablir une nouvelle gouvernance mondiale de la finance, en permettant par exemple au FMI de devenir une institution de surveillance des systèmes financiers, d’analyse des contagions internationales des crises ainsi qu’un centre d’alerte et de propositions.

Au-delà des aspects techniques, si ces projets de réformes se traduisent par des décisions politiques fortes, la finance internationale peut être maîtrisée et ainsi le capitalisme sera en quelque sorte moralisé. Par ailleurs, l’attribution du prix Nobel d’économie 2008 à l’américain Paul Krugman, défenseur entre autres de l’interventionnisme étatique et assez circonspect face aux vertus autorégulatrices du marché, souligne combien le climat idéologique a changé et la théorie économique dominante s’est transformée. Pour autant, le capitalisme reste jusqu’à nos jours, le seul système générateur de la croissance économique et la mondialisation un vecteur permettant la diffusion des richesses. Il semble donc évident de l’enjeu vital de la mondialisation financière sur notre mode de vie, cependant une certaine dose moralisatrice ne pourra être que bénéfique.

MAHER GORDAH<br>
ADMEO / GREDEG-CNRS<br>
Université de Nice Sophia-Antipolis<br>
gordah@gredeg.cnrs.fr.

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