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Presse et communication

Synthèse du rapport Marc Teissier

La Presse au défi numérique (février 2007)

mardi 4 mars 2008

par Ophélie Cullet-Quéré

Confronté au nouveau media internet et au développement de la presse en ligne, le gouvernement a l’an dernier, commandé à l’ancien Président de France Télévision, Marc Teissier, un rapport sur la situation de la presse face au numérique. En voici une synthèse exhaustive.

Dans un contexte où les médias numériques ne se sont jamais aussi bien portés, il serait tentant d’établir une corrélation entre l’arrivée du numérique et le déclin inéluctable de la presse, mais l’impact des technologies numériques est difficile à mesurer notamment lorsque, comme en France, la presse doit faire face à des difficultés structurelles profondes antérieures à l’apparition du numérique.

La comparaison avec les pays étrangers est à cet égard éclatante : la modernisation de la presse française prend un retard considérable exacerbée par un contexte de concurrence accrue.

Révélé très vite comme un véritable média, Internet est devenu un mode de communication propre, proposant une offre quasiment identique aux caractéristiques et aux fonctionnalités de la presse, mais enrichie par la technologie du numérique.

Dès lors, depuis 2005, tous les médias ont dû faire face à une concurrence à la pointe qui ne cesse d’évoluer. Dans de nombreux Etats de l’OCDE, les groupes de presse commencent à constater pratiquement partout un « effet numérique ».

Après la presse quotidienne et les journaux professionnels, c’est l’ensemble du secteur de la presse magazine qui est désormais concerné. Cette tendance se retrouve notamment en France.

En conséquence, la plupart des Groupes de presse ont réagi en investissant, à des degrés variables, sur les nouveaux supports numériques. Dès lors, si Internet se révèle être un véritable défi pour la presse, il n’en reste pas moins qu’il constitue l’élément déclencheur visant à réinventer le modèle traditionnel de la presse.

À cet égard, le rapport met en avant le changement de culture vers lequel la presse doit se développer pour se pérenniser. Évoluant dans un environnement de gratuité et d’évolution permanente désormais la presse doit faire preuve d’originalité pour attirer l’attention d’une audience volatile.Toutefois, de nombreux contre-exemples de reconversions, de relances ou de repositionnements démontrent que rien n’est joué. Encore faut-il des entrepreneurs prêts à faire mouvement, des collaborateurs ouverts aux changements d’organisation nécessaires et des financiers désireux de les accompagner.

On peut donc s’interroger sur les perspectives qui sont offertes à la presse pour tirer profit de cette nouvelle technologie. Si dans un premier temps, la presse s’est inévitablement transposée dans l’univers du numérique (I), il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, celle-ci doit se réinventer pour se pérenniser dans ce nouvel environnement (II).

I - Une transposition inévitable dans l’univers du numérique

A ces débuts, Internet a pu être analysé par certains entreprises de presse comme un nouveau canal de distribution permettant d’élargir la diffusion des contenus des éditions papier, mais, rapidement ce nouveau mode de communication s’est révélé être un véritable média avec ses propres contenus et sa propre logique (A) qui a conduit la presse française à transposer de manière enviable ses compétences dans ce domaine (B).

A. Internet, un concurrent à part entière avec sa propre logique

Certes, la radio et la télévision avaient déjà contribué à redéfinir le rôle de la presse, mais en proposant désormais aux internautes, la plupart de ses services et de ses fonctions, Internet est venu bouleverser les positions acquises de la presse concernant ses fonctionnalités et son modèle économique.

1. Une remise en cause des fonctionnalités de la presse

Aujourd’hui, les technicités d’internet permettent d’offrir aux internautes une information quasi instantanée, en continue et quasi identique à celle de la presse, sans être soumis à des contraintes de fréquence de parution ni de distribution. Dans le même temps, Internet à fait naître de nouveaux concurrents qui sont venus s’arroger une place dans le monde de l’information mettant ainsi à disposition du public une source considérable d’informations. Outre les portails, les concurrents de la presse sont les agrégateurs qui récupèrent des contenus édités par d’autres sites et les présentent de façon ordonnée sur un seul site. Les plus importants sont ceux liés à des grands moteurs de recherche comme Yahoo Actualités ou Google Actualités.

De plus, Internet s’insère dans une logique innovante et participative faisant de l’internaute un acteur de média. En offrant la possibilité d’échanger et d’exprimer ses opinions par la production de contenu, Internet attire, de fait, une audience beaucoup plus large que les sites de presse qui, sur les mêmes sujets, proposent simplement la consultation de contenus. A titre d’exemple on peut citer deux sites de pure players qui figurent ainsi dans les 15 premiers sites français en novembre 2006, à savoir Auféminin.com et Doctissimo Network. Ces derniers ont l’avantage de traiter de sujets sur la presse féminine ou des magazines santé, tout en proposant, de nombreux forums et possibilités de discussions sur ces sujets. Cette logique participative constitue l’essence même d’Internet. Elle s’est d’ailleurs accentuée avec l’arrivée du Web 2.0 qui permet désormais à tout individu de modifier les pages à volonté, à l’instar de l’encyclopédie en ligne Wikipédia.

Dès lors, la concurrence apparaît singulièrement menaçante pour les entreprises de presse. D’un coté, les quotidiens d’information politique et générale se voient concurrencer par les agrégateurs et les sites d’autres médias en termes d’actualisation du contenu, de variété des informations et d’enrichissements multi-médias. De l’autre, les sites des magazines semblent avoir davantage à craindre des pure players.

Au-delà des divers contenus qu’offrent internet, ce nouveau canal de distribution caractérisé par ses possibilités de stockage pratiquement illimité et sa capacité à traiter, à organiser et à rechercher des données brutes rendent Internet beaucoup plus attractif que la presse. Dans ce contexte, il apparaît urgent qu’une réforme soit établie pour instaurer plus de souplesse au système de distribution de la presse française. Cette évolution lui permettrait de faciliter son accès et de faire face à l’arrivée d’un nouveau média qui, lui, tend, au contraire, à devenir de plus en plus disponible avec l’augmentation de l’équipement des ménages français.

Le point de départ de ces difficultés réside en parti dans la loi du 2 avril 1947, dite loi Bichet dont les modalités d’application constituent actuellement un obstacle structurel au développement de la presse. Le premier problème concerne la raréfaction du nombre de points de vente. Ensuite, cette loi impose des contraintes très fortes aux détaillants de la presse qui sont notamment liées aux principes qu’elle garantit dont la liberté d’expression et le principe d’égalité de traitement. Enfin, ces derniers sont confrontés à un taux d’invendus de plus en plus important. Pour l’ensemble de la presse payante, ce taux est ainsi passé de 18 % du tirage total annuel en 1990 à 21,1 % en 2004.

Dès lors, Internet proposent une offre d’information abondante et diversifiée vis-à-vis de laquelle les sites de presse peinent à faire valoir leur différence et à s’imposer. N’ayant souvent pas les mêmes contraintes que les entreprises de presse, notamment dans le domaine social et en termes de coûts industriels, il se dégage une rentabilité à double vitesse.

2. Remise en cause du modèle économique de la presse

En second lieu, Internet vient renforcer l’urgence d’un remaniement en profondeur du modèle économique et financier de la presse. La France n’échappe pas à cette tendance. Depuis plusieurs années, la presse fait état d’un recul des diffusions qu’elle a tenté d’amortir par des stratégies d’augmentation du prix de vente. Dès lors, les journaux et les magazines sont devenus, relativement plus chers que les autres produits de grande consommation. Cette augmentation trouve plusieurs explications.

D’abord, la presse fait l’objet d’une faible rentabilité dont les revenus fondés sur la vente et la publicité demeurent actuellement insuffisants. De plus, l’ensemble des coûts à peu près fixes qui comprend notamment : l’entretien d’une rédaction, la production et le réseau de distribution, l’empêche de dégager des financements suffisants pour investir.

Or, dans le même temps, les médias disponibles gratuitement se sont fortement développés et cette tendance s’est encore accrue avec l’arrivée du numérique. En créant un système de captation de l’audience fondé sur l’offre gratuite. En conséquence, le paiement de contenus et de services auxquels la presse donnait traditionnellement accès, est devenu de plus en plus difficile à justifier. Les entreprises de presse ont donc été globalement amenées à opter pour un système hybride reposant sur le principe du payant-gratuit même si certains segments du marché résistent encore dans le domaine de la presse spécialisée et professionnelle.

Néanmoins, le modèle de la gratuité financée grâce à la publicité est aujourd’hui largement dominant, tout particulièrement en ce qui concerne l’information politique et générale et le divertissement où l’offre gratuite est abondante et diversifiée. Mais de nos jours, ces recettes publicitaires demeurent encore trop faibles pour pouvoir monétiser pleinement cette audience.

Il semble donc qu’à terme un changement de stratégie s’impose dans ce contexte concurrentiel qui nécessite des capacités d’autofinancement. Toutefois, les évolutions qui viennent d’être présentées, aussi bien pour la diffusion que pour les recettes publicitaires, sont loin d’être achevées. Un point de vu trop pessimiste ne rend pas compte de la grande diversité des évolutions constatées dans le secteur de la presse.

B. Une transposition de la presse française enviable

Malgré certains retards, la quasi-totalité de la presse est présente sur Internet en commençant d’abord par la presse quotidienne nationale et spécialisée puis par les magazines de grand public. L’idée n’était pas simplement d’utiliser un nouveau réseau de distribution mais bien de l’apprivoiser en en tirant toutes ses ressources. Pour drainer toujours plus d’audience, la presse a dû répondre aux attentes des lecteurs et des abonnées mais aussi à celles des internautes. Dans un monde où le temps ne cesse de diminuer pour une presse écrite, celui passé pour le média numérique ne cesse d’augmenter. Dès lors, pour s’implanter sur ce nouveau marché, de nombreuses entreprises de presse ont dû développer des stratégies centrées sur l’affirmation de leur marque et sur la déclinaison pluri-média de leur contenu.

1. Une stratégie fondée sur la marque

Le point de départ de ces stratégies se base sur la forte visibilité des marques de la presse. Dans un environnement où la captation de l’audience est en perpétuel renouvellement, la marque s’analyse comme la garantie d’une confiance et d’une information de qualité pour les lecteurs. Sous couvert des marques, les groupes de presse n’ont pas hésité à développer des services et des activités nouvelles directement en lien avec les titres. A titre d’exemple, les petites annonces, qui étaient déjà une activité proposée dans leurs éditions papiers, ont constitué un champ privilégié de développement sur Internet.

Toutefois, en dehors du développement de contenus directement liés au journal ou au magazine, les éditeurs de presse ont été assez prudents dans l’investissement d’autres sites de contenu sur Internet, parfois faute d’avoir les moyens nécessaires. A l’inverse, aux Etats-Unis, par exemple, le new York Times a acquis, en février 2005, le moteur de recherche About.com, dont la caractéristique est de regrouper un réseau de 500 mini-sites où des experts partagent leurs connaissances sur plusieurs sujets.

La stratégie des marque constitue donc un moyen de capter l’attention des lecteurs qui ne peut se poursuivre qu’en offrant un contenu à la pointe du numérique.

2. Une stratégie fondée sur la déclinaison pluri-média des contenus numérique de la presse

Si, dans un premier temps, la présence de la presse sur internet a consisté à transposer ses activités traditionnelles en ligne ; très vite elle a su se démarquer en développant sur ses sites des contenus de plus en plus distinct de l’édition papier. D’un complément d’information spécifiquement réalisés pour les sites ; certains groupes de presse sont passés à la vitesse supérieure en y intégrant la technologie du multimédia. Ainsi, si l’écrit reste le principal support des sites, la vidéo et le son commencent à se développer.

Mais au delà de ces outils, la grande majorité des sites de presse propose des services qui s’inscrivent dans les déclinaisons du Web 2.0 visant notamment celles qui permettent de développer des liens avec leurs lecteurs électroniques. De manière générale, la presse quotidienne nationale est plutôt en avance pour l’utilisation des potentialités d’interactivité offertes par Internet. Toutefois, si la possibilité offerte aux internautes de personnaliser les contenus et les interfaces en ligne commencent à se développer à l’étranger ; pour le moment la presse française ne s’y est peu intéressée.

Force est de constater que la presse française et plus particulièrement la presse quotidienne détient une place enviable qui tranche par rapport à d’autres situations observées à l’étranger. En comparaison avec les Etats-Unis dont le paysage est dominé par une poignée de puissants sites d’informations tel Yahoo ou Google ; les sites de presse en France représentaient 50% de l’audience en visiteur unique en novembre 2006

II - Réinventer la presse dans un nouvel environnement numérique

Internet offre donc des opportunités de développement considérables à condition d’avoir les moyens de les saisir. Or, la situation de la presse est fragilisée par les évolutions récentes et risque de ne pas profiter des relais de croissance qui s’offrent à elle. Malgré un bon départ, la presse française est aujourd’hui confrontée au passage d’une nouvelle étape qui nécessite une relance des investissements. Ainsi, le rapport propose d’adapter un nouveau modèle économique à l’image du numérique pour dynamiser cette transition (A) tout en y transposant les valeurs fondamentales de la presse (B).

A. Adapter un modèle économique à l’image du numérique

Dans ce nouvel environnement numérique, il apparaît donc nécessaire de réinventer la presse, sans préjugé ni conservatisme. Les entreprises de presse ne peuvent plus se contenter de stratégies déjà datées. Il faut, au contraire, passer d’une situation où le site Internet est un produit dérivé de l’édition papier à une nouvelle stratégie qui vise à conduire la presse vers une voie autonome de développement.

Le rapport fixe trois axes vers lesquels ce nouveau modèle économique doit s’inscrire. Il doit conduire à « établir des complémentarités entre les contenus numériques et ceux privilégiés par le support papier, à optimiser des synergies économiques et techniques entre les deux supports, ainsi qu’avec la télévision, la radio et les nouveaux supports mobiles et enfin justifier un prix ou un abonnement dans un contexte de concurrence accrue sur la publicité et les petites annonces. »

Cette voie n’est pas encore tracée avec précision mais sa construction nécessitera sans aucun doute des capacités d’investissement dont elle ne dispose pas aujourd’hui. En conséquence, la capacité des entreprises de presse à assurer leur viabilité et leur rentabilité grâce au numérique reste donc posée.

1. Un nouveau modèle économique passant par l’investissement

Pour soutenir la présence de la presse sur Internet, il faut qu’elle ait des moyens d’investissements. La première priorité consiste donc à améliorer la rentabilité des entreprises de presse afin qu’elles soient à même de dégager une capacité d’autofinancement suffisante pour financer ses propres projets. Le rapport s’est penché sur ces moyens en proposant un cadre financier adapté.

Compte tenu des dispositions fiscales déjà existantes, le rapport écarte rapidement l’idée d’accorder des subventions supplémentaires en soulignant plutôt l’opportunité de placer les groupes de presse dans une démarche économique d’investissements. L’idée consiste surtout à inciter les investisseurs privés à prendre des participations dans les groupes de presse. Dans ce prolongement, une autre mesure devrait être prise en direction des particuliers qui, à travers leurs dons à une fondation ou à une association ad hoc, permettraient de prendre des participations au capital des entreprises de presse et donc de disposer d’actionnaires stables et engagés dans le développement des titres.

En second lieu, le rapport insiste sur l’opportunité de développer des coopérations et des rapprochements qui prendraient la forme de projets communs, d’échanges de participation ou de fusion. Or, la concentration est souvent présentée en France comme allant à l’encontre des règles relatives à l’indépendance, au pluralisme à la déontologie de la presse. Elle se traduit notamment, dans le droit positif, par l’existence de régime juridique strict qui vise à garantir, en cas de fusion, l’identité éditoriale de chaque entité ou à établir des restrictions supplémentaires par rapport au droit de la concurrence.

Cependant, le rapport fait valoir une autre approche de cette question en mettant l’accent sur l’intérêt des groupes de presse de recourir à ce système pour assurer « l’avenir de l’écrit, du papier dans le numérique. » En effet, le regroupement de différents médias permettrait à une nouvelle entité créée d’offrir un contenu de qualité incitant les pouvoirs publics à manifester une plus grande ouverture dans l’application des règles relatives aux concentrations.

Une autre piste serait à développer en direction des journalistes citoyens qui, avec l’évolution du Web 2.0, vont devenir des collaborateurs de plus en plus impliqués dans l’élaboration des sites d’information. Le rapport envisage même une forme de collaboration rémunérée. Il s’agit d’un point crucial pour la presse, surtout si elle veut améliorer la densité du son maillage territorial sur Internet et conserver un avantage essentiel dans la collecte de l’information. Dans cet esprit, il existe déjà un statut spécifique pour des personnes qui participent à la collecte d’information des journaux de la presse régionale selon la loi du 27 janvier 1993.
Par ailleurs, la transposition de ce statut occasionnel de correspondant local, est d’autant plus intéressante que ses critères apparaissent assez adaptés au mode de collaboration. En effet, leur régime juridique prévoit l’impossibilité de se trouver dans une situation de subordination à l’égard de l’entreprise éditrice, d’être intégré dans un service organisé et de recevoir une rémunération forfaitaire fixe.

En conséquence, cette proposition consolide l’idée d’apporter une information de qualité associant des équipes professionnelles à une logique participative tout en garantissant une rentabilité des coûts. Elle pourrait être, pour la presse, un moyen de transposer en ligne son savoir-faire en matière de collecte de l’information et de qualité du maillage local.

2. Un nouveau modèle économique assuré par un cadre juridique plus souple

L’objectif de ces investissements est d’aboutir à une meilleure attractivité des sites de presses. D’une part, ils permettraient une meilleure visibilité des ces sites sur Internet par l’achat de mots-clés ou par le biais de la publicité en ligne. D’autre part, ils favoriseraient l’émergence de contenus originaux par des formules participatives et interactives.
Un nouveau défi se profile donc concernant l’avenir du métier de base des journalistes. Il consiste à conduire les groupes de presse à investir, soit en mettant en place des équipes ad hoc voire des filiales spécifiques, soit en exigeant de leur rédaction de produire des éléments aussi bien pour le papier que pour le numérique. Cet objectif permettrait aux groupes de presse d’offrir aux internautes des informations d’une valeur ajoutée qui justifieraient le paiement de cette prestation. A titre d’exemple, aux Etats-Unis, le New York Times a rendu payant l’accès aux éditoriaux et aux analyses spécifiques de ses journalistes.

A ce titre, la question d’un cadre juridique s’est rapidement posée pour permettre l’exploitation du travail des journalistes sur Internet. Alors qu’au départ, le règlement des droits d’auteur des journalistes nécessitait une rétribution à chaque nouvelle publication sur internet ; les groupes de presse ont décidé de substituer ce dispositif par l’élaboration d’accords collectifs prévoyant le plus souvent des systèmes de rémunération collectifs et non hiérarchisés.

Cependant, ces accords ne se sont pas révélés satisfaisants au regard des principes du droit de la propriété intellectuelle car la logique de ce droit s’inscrit très clairement dans une perspective individuelle et non collective. Aujourd’hui, il en résulte une insécurité juridique et un risque pour les éditeurs de remise en cause contentieuse.

Il apparaît donc indispensable de trouver un autre moyen. Le rapport propose de changer d’approche en se focalisant plutôt sur les conditions d’utilisation des œuvres journalistes compte tenu des futures évolutions tendant à complémenter de plus en plus le support papier et le support web. Dans ce contexte, la solution consisterait à permettre à l’éditeur de procéder à la publication d’un même article sur plusieurs supports divers dans un temps limité. Ce droit varierait en fonction de la nature et de la périodicité de la publication. La rétribution de cette exploitation serait garantie par le paiement du salaire. Passé ce délai, en revanche, l’exploitation des articles, notamment sous forme numérique, basculerait dans le régime des archives, c’est-à-dire dans le droit commun de la propriété littéraire et artistique. Une telle évolution nécessiterait une modification législative du code de la propriété intellectuelle et permettrait de sécuriser les stratégies multimédias des groupes de presse.
Toutefois, cette solution laisse encore certaines questions dans l’ombre notamment lorsqu’un article tombe dans le régime de droit commun. En particulier, se pose la question de la conciliation entre le mode de fonctionnement d’une entreprise de presse et le principe général de prohibition de la cession globale des œuvres futures. D’après diverses études, l’idée consisterait à autoriser une dérogation à ce principe subordonnée à la conclusion d’accords collectifs de branche ou au sein de chaque entreprise et au respect des autres principes du code de la propriété intellectuelle.

En conséquence, l’univers du numérique nécessite encore de nombreux investissements économiques et juridique pour assurer à la presse un déploiement sécurisé et dynamique. Restent encore à garantir les valeurs de la presse dans un monde où l’évolution constante et la logique du « tout-gratuit » n’est pas nécessairement porteuse du pluralisme.

B. Une transposition des valeurs fondamentales de la presse à l’image du monde du numérique

La défense du pluralisme des courants d’opinion et la liberté de les exprimer est un élément fondamental dans toute démocratie. En France, c’est sur la base de ce principe qu’a été mis en place l’encadrement juridique et réglementaire propre au secteur de la presse, en particulier après la seconde guerre mondiale. Cet objectif de valeur constitutionnelle a justifié la mise en place de règles spécifiques concernant la distribution de la presse prévue par la « loi Bichet » de 1947 mais aussi les possibilités de concentration entre groupes de presse et de médias en général. Contrairement à ce régime juridique contingenté, Internet constitue un foisonnement de l’information.

Il s’agit donc de déterminer quel rôle la presse écrite peut avoir dans cette transposition de façon à ce que l’arrivée d’un nouveau média ne se traduise pas, paradoxalement, par un appauvrissement de la qualité de l’information et par la même, du débat démocratique. Cette problématique apparaît d’autant plus capitale qu’Internet devient aujourd’hui le premier média d’information pour les jeunes générations.

En conséquence, le rapport définit l’enjeu du pluralisme sur Internet davantage en termes de « qualité de l’information en ligne ». La difficulté consiste en effet à pouvoir identifier les informations vérifiées et traitées selon un processus éditorial et journalistique au sein d’une profusion et une confusion de contenus dont l’origine et les modalités de production sont bien souvent inconnues ». Par ailleurs, la gratuité des sites de presse ne jour pas en faveur du pluralisme. Seul le marketing d’audience de certains groupes de presse pourra dégager un niveau de recettes suffisant pour fonctionner au détriment de certains courants d’expression et d’opinion minoritaires qui risquent de ne pas y parvenir.

Pour répondre à cet enjeu, le rapport tend d’établir une déontologie garantissant la fiabilité des sources d’informations. En premier lieu, il soutient la mise en place d’une offre payante à TVA réduite comme instrument en faveur du pluralisme. En second lieu, il propose l’existence d’un certain nombre de critères de qualité par l’intégration de label.

1. Le soutien d’une offre payante à TVA réduite comme instrument en faveur du pluralisme

L’établissement d’une TVA réduite semble à première vue paradoxale dans un univers où l’offre est gratuite. Mais, en réalité ce processus susciterait une baisse du prix et pourrait inciter davantage de lecteurs à consulter ou à s’abonner aux offres payantes de sorte à faire bénéficier aux sites de presse des recettes supplémentaires tout en garantissant une partie de leur viabilité économique. L’octroi d’un taux réduit de TVA se justifie donc par la volonté de stimuler l’offre de formules payantes, gage de pluralisme dans l’univers numérique.
Dans ce cadre, le rapport préconise un champ d’application large incluant à la fois les entreprises de presse mais aussi d’autres fournisseurs de contenus et d’information en ligne dans le but de promouvoir un contenu pluri-média. Cette TVA réduite serait appliquée aux consultations ponctuelles, aux abonnements et aux consultations d’archives.

Toutefois deux points techniques doivent être soulignés. Ce taux super réduit de 2,10 % ne pourra être applicable qu’aux seules opérations étant effectivement soumises à ce taux avant le 1er janvier 1991 en raison d’une clause de gel prévue par l’article 28-2-a de la sixième directive TVA. Cette clause aura pour effet d’aligner les taux de TVA concernant la fourniture de contenus payants dans la mesure où le taux réduit de 5,5 % est déjà applicable aux abonnements aux services de télévision payante ou encore aux ventes des agences de presse. Par ailleurs, il faut rappeler que ce taux est étroitement lié à la négociation, plus générale, du lieu de taxation à la TVA des prestations de services. Actuellement, le principe vise à établir cette taxation dans le pays où le prestataire de service est implanté. L’instauration d’un tel taux risquerait donc de provoquer une délocalisation des services d’information en ligne dans les pays où le taux réduit est le plus bas, comme en France ou au Luxembourg.

Aujourd’hui, cette demande n’a reçu qu’un accueil très réservé tant de la part de la Commission que de nos partenaires européens. Toutefois, la Commission s’est engagée à fournir un rapport sur ce sujet à la mi-2007.

2. L’existence d’un certain nombre de critères de qualité par l’intégration de label.

L’évolution constante du numérique empêche l’établissement d’un cadre juridique contraignant. En revanche, définir des critères de labellisation, permettrait aux sites de presse, d’être plus facilement identifiés dans l’univers du numérique. Ces propositions ont cependant l’inconvénient d’être assez restrictives dans la mesure où elles omettent de prendre en considération le caractère pluri-médias des contenus.

Dans le même ordre d’idée, cette initiative se retrouve, à partir de 1996, dans un code de déontologie présenté par le groupement français de l’industrie de l’information. Etendu à l’ensemble du secteur de l’information en ligne, ce code a permis de mettre en place des principes que les membres s’engagent à respecter en contrepartie de quoi, un sceau vient certifier ce statut. Cette initiative se rapproche d’une démarche de « labellisation » fondée sur la qualité des contenus en ligne. On retrouve à l’étranger également quelques tentatives de labellisation des sites d’information, mais généralement celle-ci s’avèrent assez limitées dans leur portée.

A ce titre, le rapport souligne les critères de labellisation qui pourraient être utilisés pour les sites de presse en ligne. Ces derniers pourraient se caractériser par « le caractère général du contenu, la continuité de l’information et l’actualisation régulière des sites en lien avec l’actualité, l’existence d’une rédaction indépendante composée de journalistes professionnels, la transparence sur l’origine des informations, le principe d’un contrôle éditorial ou encore l’existence d’un médiateur ». A ces critères d’organisation et de fonctionnement pourraient être ajoutés des éléments tirés des règles déontologiques des journalistes. Quoi qu’il en soit, les conditions concrètes d’attribution de ce label restent évidemment à préciser même s’il est évident que les professionnels auront un rôle essentiel à jouer.

Toutefois, on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle démarche. En effet, il est clair que pour de nombreux titres, dont la marque repose sur des décennies de travail de qualité, le label apparaît manifestement inutile. D’ailleurs, il semble que les nouveaux acteurs de l’information en ligne préféreront privilégier une stratégie de marque, plutôt que de s’engager dans une démarche coûteuse et aléatoire d’une labellisation. Enfin, une telle démarche, gérée par les pouvoirs publics et les organisations professionnelles, risque d’apparaître comme une tentative de contrôle où les aspirations libertaires sont très fortes.

En conséquence, pour avoir toutes les chances de succès, il semble donc préférable que cette démarche soit d’abord gérée au niveau des acteurs eux-mêmes pour qu’ils puissent déterminer les critères qu’ils jugent indispensables pour la qualité de l’information en ligne. Ensuite, ils pourraient en faire un label sur lequel les pouvoirs publics pourraient s’appuyer afin d’octroyer les aides proposées dans ce rapport.

[Télécharger le rapport MARC TEISSIER->http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/tessier/rapport-fev2007.pdf]

P.-S.

Source : LA PRESSE AU DEFI NUMERIQUE, rapport au ministre de la culture et de la communication, Marc Teissier et Maxime Baffert inspecteur des finances - Février 2007.

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